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Automobile : comment préparer la conformité batterie et CSRD en 2026

L'industrie automobile fait face à une double obligation : passeport batterie 2027 et CSRD 2026. Voici comment préparer votre entreprise.

ParDamien Godard

L'horizon 2026-2027 scelle un tournant réglementaire sans précédent pour l'industrie automobile européenne.


Le secteur automobile face à un carrefour réglementaire

L'Union européenne accélère sa transition vers une mobilité décarbonée et responsable. Pour les constructeurs automobiles, les équipementiers et l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, cette dynamique se traduit par un renforcement significatif des exigences réglementaires. Deux textes majeurs définissent désormais le cadre de compliance pour les années à venir.

D'un côté, le règlement européen sur les batteries, adopté en juillet 2023, impose la création d'un passeport numérique pour chaque accumulateur. De l'autre, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) transforme en profondeur le reporting extra-financier des grandes entreprises. Les deux textes convergent vers un même objectif : garantir la transparence, la traçabilité et la durabilité de la chaîne de valeur automobile.

Les dirigeants qui tarderont à s'adapter s'exposeront à des sanctions financières, à des restrictions d'accès au marché européen et à une érosion de leur compétitivité. À l'inverse, ceux qui intégreront ces exigences dès 2026 disposeront d'un avantage stratégique mesurable.


Le passeport batterie : une révolution de la traçabilité

Ce qui change concrètement

À partir de février 2027, toute batterie rechargeable d'une capacité supérieure à 2 kWh commercialisée dans l'Union européenne devra être accompagnée d'un passeport batterie. Ce document numérique, accessible via un QR code apposé sur l'accumulateur, constituera l'identité complète du composant tout au long de son cycle de vie.

Le passeport contiendra des informations techniques détaillées issues du système de gestion de la batterie (BMS) :

  • La composition chimique et l'origine des matériaux (lithium, cobalt, nickel, manganèse)
  • Les données de fabrication et l'empreinte carbone initiale
  • L'état de santé (State of Health ou SoH) et les données d'usage
  • L'historique des réutilisations et des recyclages potentiels
  • Les niveaux de matériaux recyclés intégrés dans la composition

Cette obligation découle directement du règlement européen de juillet 2023 sur les batteries. Elle s'inscrit dans une logique d'économie circulaire visant à maîtriser l'impact environnemental des véhicules électriques et à sécuriser l'approvisionnement en matières premières critiques.

Les enjeux pour les constructeurs

La mise en conformité implique une refonte profonde des processus industriels et informatiques. Les éditeurs de BMS devront collaborer étroitement avec les fabricants de batteries et les équipes de données pour agréger les informations requises. La qualité et la disponibilité de ces données deviendront un critère de sélection des partenaires.

Par ailleurs, les niveaux de matériaux recyclés imposés par la réglementation européenne représenteront un défi d'approvisionnement. Les normes prévoient une intégration croissante de matière recyclée dans les nouvelles batteries, avec des objectifs progressifs jusqu'en 2036.

Les premiers acteurs engagés, comme Volvo qui intègre déjà le passeport batterie sur son grand SUV électrique EX90, montrent que la conformité est atteignable. Pour les autres, le délai de préparation s'amenuise rapidement.


La CSRD : le reporting de durabilité devient obligatoire

Un changement de paradigme pour le reporting extra-financier

La directive CSRD, entrée en vigueur en 2023, transforme radicalement les obligations de reporting des grandes entreprises. Elle élargit considérablement le périmètre des entités concernées et renforce la précision des informations à publier.

Les seuils d'application concernent désormais :

  • Les entreprises de plus de 250 salariés
  • Dont le chiffre d'affaires net excède 50 millions d'euros
  • Ou dont le total du bilan dépasse 25 millions d'euros

Cette définition élargie englobe la majorité des constructeurs automobiles européens et de leurs équipementiers majeurs. Pour les entreprises précédemment non soumises à la publication d'informations extra-financières, l'adaptation nécessitera un investissement significatif.

Les obligations spécifiques au secteur automobile

Les entreprises concernées doivent publier leurs informations selon les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Ces standards européens définissent les indicateurs à reporter, leur méthodologie de calcul et leur format de présentation.

Pour le secteur automobile, plusieurs thématiques revêtent une importance particulière :

Émissions de gaz à effet de serre : L'ensemble du scope 1, 2 et 3 doit être évalué. Pour un constructeur automobile, le scope 3 représente généralement plus de 75 % de l'empreinte carbone totale, incluant les émissions liées à l'utilisation des véhicules par les clients finaux.

Transition vers une mobilité sobre en carbone : Les entreprises doivent détaillées leur stratégie de décarbonation, les investissements associés et les objectifs chiffrés de réduction d'émissions.

Économie circulaire : Les normes ESRS imposent de reporter sur la gestion des déchets, le taux de recyclabilité des véhicules et les mesures mises en œuvre pour prolonger la durée de vie des composants.

Chaîne de valeur : La CSRD exige un reporting sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Les entreprises doivent collecter des données auprès de leurs fournisseurs et sous-traitants, ce qui représente un défi organisationnel majeur.

L'actualité 2026 : allègement des obligations

Face aux critiques concernant la complexité des ESRS, la Commission européenne a engagé une révision des normes. En juillet 2025, des ajustements temporaires ont été publiés, avec une réduction significative des données obligatoires (environ 60 à 70 % en moins) et la suppression de l'intégralité des données optionnelles.

Ces allègements s'appliqueront aux rapports publiés à partir du 1er janvier 2026 sur les données de l'exercice 2025. Les entreprises déjà soumises à la CSRD bénéficieront donc d'un cadre simplifié, tandis que celles qui rejoignent le dispositif pour la première fois disposeront d'obligations plus accessibles.

Néanmoins, la conformité CSRD reste un projet structurant qui mobilise des ressources internes et externes significatives. L'anticipation reste de mise.


Plan d'action en quatre étapes pour 2026

Étape 1 : Réaliser un diagnostic de conformité

Avant toute action, il convient d'évaluer précisément la situation de l'entreprise vis-à-vis des deux réglementations. Pour le passeport batterie, il s'agit d'identifier les véhicules concernés (batteries > 2 kWh), les fournisseurs de batteries et la capacité des systèmes BMS à générer les données requises.

Pour la CSRD, le diagnostic porte sur les seuils d'application, la maturité des processus de reporting extra-financier existants et les écarts à combler pour se conformer aux ESRS. Ce diagnostic initial permettra de quantifier l'effort à fournir et d'établir une feuille de route priorisée.

Étape 2 : Cartographier la chaîne de valeur

La conformité CSRD impose une connaissance approfondie de la chaîne de valeur. Les entreprises doivent identifier leurs principaux fournisseurs, évaluer leur propre exposition aux risques ESG et mettre en place des processus de collecte de données.

Pour le passeport batterie, la traçabilité concerne l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement en matières premières critiques. Les constructeurs devront disposer d'informations vérifiables sur l'origine du lithium, du cobalt et des autres métaux essentiels. Cette cartographie peut impliquer des audits fournisseurs et la mise en place de systèmes d'information dédiés.

Étape 3 : Adapter les systèmes d'information

Les exigences réglementaires modernes reposent sur des données structurées et traçables. L'adaptation des systèmes d'information constitue généralement l'étape la plus longue et la plus coûteuse du processus.

Pour le passeport batterie, les équipes techniques devront configurer les BMS pour générer les données requises, mettre en place des bases de données sécurisées et développer les interfaces permettant la génération du QR code.

Pour la CSRD, il conviendra d'intégrer les données ESG dans les systèmes de reporting financier, de déployer des outils de collecte de données auprès des fournisseurs et de former les équipes aux nouvelles méthodologies de calcul des indicateurs.

Étape 4 : Structurer la gouvernance et le contrôle interne

La conformité réglementaire ne peut être un projet temporaire. Elle doit s'inscrire dans une gouvernance pérenne avec des responsabilités clairement définies, des processus de validation et un contrôle interne adapté.

La désignation d'un référent CSRD au sein de la direction, la création d'un comité de conformité batterie et l'intégration des exigences dans les procédures d'achats et de qualité sont autant de mesures structurelles à mettre en œuvre dès 2026.


Foire aux questions

Quand le passeport batterie devient-il obligatoire ?

Le passeport batterie est obligatoire à partir de février 2027 pour toute batterie rechargeable d'une capacité supérieure à 2 kWh commercialisée dans l'Union européenne.

Toutes les entreprises automobiles sont-elles concernées par la CSRD ?

Non, seuls les entreprises dépassant les seuils de la directive (plus de 250 salariés avec un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions d'euros ou un bilan supérieur à 25 millions d'euros) sont concernées. Cependant, les donneurs d'ordre soumis à la CSRD exigeront des données de leurs fournisseurs, ce qui impacte indirectement l'ensemble de la chaîne automobile.

Quelles sont les sanctions en cas de non-conformité ?

Pour le passeport batterie, les véhicules non conformes ne pourront être commercialisés sur le marché européen. Pour la CSRD, les sanctions varient selon les États membres mais peuvent inclure des amendes significatives et des sanctions réputationnelles.

Comment préparer la collecte de données auprès des fournisseurs ?

Il est recommandé de sensibiliser dès à présent les fournisseurs stratégiques aux exigences réglementaires, de prévoir des clauses contractuelles adaptées et de déployer des outils de collecte de données standardisés.

Les normes ESRS ont-elles été modifiées ?

Oui, en juillet 2025, la Commission européenne a publié des ajustements temporaires des ESRS réduisant significativement le nombre d'indicateurs obligatoires (environ 60 à 70 % en moins). Ces modifications s'appliquent aux rapports publiés à partir de janvier 2026.

Quelle est la différence entre le passeport batterie et la déclaration extra-financière ?

Le passeport batterie est un document technique spécifique à chaque accumulateur, requis pour la mise sur le marché. La déclaration CSRD est un rapport annuel de durabilité qui couvre l'ensemble des enjeux ESG de l'entreprise. Les deux obligations sont distinctes mais complémentaires dans la logique de transparence européenne.


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